I WANT THE WINNER se penche sur la Cryptomonnaie et son avenir dans la filière équine
I WANT THE WINNER se penche sur la Cryptomonnaie et son avenir dans la filière équine

HABIB GUERGACHI : « FAIRE ENTRER LE CHEVAL DANS L’ÈRE DES CRYPTOMONNAIES »

Le vendredi 10 septembre, I Want the Winner organise un colloque à Deauville pour découvrir les cryptomonnaies et la blockchain. Il sera co-animé par Habib Guergachi, référence de l’univers des technologies et passionné d’élevage.

 

Tout comme avec un rêve d’enfant : Habib Guergachi, fils d’immigré, a toujours aimé les chevaux. Mais dans un premier temps, il a consacré toute son énergie à son parcours professionnel. Et il a connu une réussite remarquable dans le domaine des technologies. En 2004, il a fondé Zengularity, un créateur d’applications et de plateformes qui a notamment travaillé pour les Gafa. Parmi les points forts de ce projet, il y a eu la place centrale accordée au bien-être de ses employés. Une stratégie payante dans un univers où tout le monde s’arrache les meilleurs talents. Il est aujourd’hui conférencier et formateur pour de grandes entreprise internationales. 

 

Après des années consacrées à l’univers de la technologie, Habib Guergachi a décidé de renouer avec la ruralité et sa passion d’enfance en lançant le haras des Octets à Lessard-et-le-Chêne, haut lieu de l’élevage normand (l’octet est l’unité de mesure de la quantité de données informatiques). Pour parfaire ses connaissances en matière d’élevage, il est parti à la rencontre des professionnels des courses. C’est ainsi qu’il a rencontré Christophe German, le PDG d’I Want the Winner. Et Habib Guergachi s’est ainsi retrouvé actionnaire de la plateforme, bien que cela ne soit pas l’objet de leur rencontre au départ ! Il nous a confié : « Ce projet est brillant. Et la vision de Christophe German est excellente, complète et holistique. Ce n’est pas une simple boutique en ligne. Il s’agit d’ouvrir le monde du cheval à la technologie, tout en respectant ses valeurs. » Au sujet de sa création, le haras des Octets, il poursuit : « Ayant effectué une bonne partie de ma carrière dans la Silicon Valley, je pense qu’il faut placer ses projets dans les zones où la culture du secteur est localement forte. C’est la raison laquelle j’ai acheté mes terres à Lessard-et-le-Chêne. Mon rêve, c’est de créer un lieu où les salariés consacrent 100 % de leurs temps aux chevaux eux-mêmes, grâce à la technologie et l’architecture. Je rêve d’un haras où le bien-être des salariés et des chevaux serait la priorité. Nous sommes en train d’étudier les plans, avec des start-ups. Je démarre dans cet univers avec enthousiasme et passion. L’élevage, qui part des courses elle-même, en passant par les choix de croisement, c’est un jeu de stratégie formidable. Je comprends tout à fait pourquoi les sportifs et entrepreneurs se passionnent pour le galop. Ce qui m’attire au galop, c’est aussi le fait que les pur-sang anglais ne se reproduisent qu’en monte naturelle. C’est fondamental. J’apprécie la part de nature du cheval, mais aussi la complexité du galop et le fait qu’il s’inscrive dans le long terme. C’est le domaine dans lequel le cheval est le moins éloigné de son naturel. La société occidentale va devenir très exigeante en ce qui concerne le bien-être des gens, des salariés au sein de l’entreprise ou encore des chevaux… Notre marge de progression ne se trouve plus dans l’industrie ou dans l’hyper optimisation. Mais dans le bien-être des individus, humain et animaux, tant que cela reste dans des limites rationnelles et non pas idéologiques. »

 

Une technologie de pointe. « Les cryptomonnaies sont nées grâce une technologie que l’on nomme la blockchain. Le logiciel sur lequel se base la blockchain permet de réaliser des transactions complètement sécurisées sans que les deux parties ne soient en contact. Ce logiciel est déployé sur des milliers d’ordinateurs et il ne dépend d’aucun gouvernement. Pour réaliser ladite transaction, on utilise une cryptomonnaie [une monnaie numérique émise de pair à pair, sans nécessité de banque centrale, utilisable au moyen d'un réseau informatique décentralisé, ndlr] Tout ceci est fondé sur les concepts de mathématique, de cryptologie et d’informatique les plus avancés. À l’échelle d’I Want the Winner, le premier objectif est donc d’accepter un jour les achats en ligne de chevaux par des personnes souhaitant payer en cryptomonnaie. Mais notre intérêt va au-delà de simplement proposer des transactions en bitcoin sur I Want the Winner. »

 

Un concept révolutionnaire. « Certaines cryptomonnaies sont créées spécialement pour donner une valeur à une œuvre d’art ou à un cheval par exemple, mais de manière complétement indépendante des monnaies classiques. Cela permet aux gens de devenir copropriétaires de ce cheval ou d’être rémunérés en unités de cryptomonnaie en échange d’un service. Celui qui nourrit le cheval est par exemple payé dans la cryptomonnaie de l’équidé concerné [dans ce cas elle fonctionne comme une monnaie, tout en étant l’équivalent d’une rémunération "en part" du syndicat qui possède l’animal, ndlr].

 

Les fondateurs de la cryptomonnaie qui correspondrait à la propriété d’un cheval nommée "Ksar" peuvent établir leurs règles. Par exemple, s’ils le décident, cette cryptomonnaie ne pourrait pas être échangée contre une liste de devises définies, le dollar par exemple. Ils peuvent aussi décider que la seule contrepartie de cette cryptomonnaie est l’investissement dans d’autres chevaux. Et pas des armes ou du pétrole. La cryptomonnaie peut donc être programmée pour être une monnaie non fongible. Tout en sachant que l’on fait le pari que cette cryptomonnaie va prendre de la valeur, avec par exemple la possibilité que le cheval devienne un étalon. Et pour acheter une saillie de Ksar, on pourrait instituer qu’il soit obligatoire de payer en cryptomonnaie Ksar. C’est la communauté que l’on crée qui donne la valeur à la cryptomonnaie. Le PSG a lancé la sienne et c’est le moyen de paiement obligatoire pour certains objets. »

 

Un potentiel énorme. « On ne sait pas quel sera l’avenir des cryptomonnaies. Mais on sait par contre qu'elles ont le potentiel d’échapper complètement aux gouvernements et aux législateurs. Cela revient à créer un monde transversal qui échappe à la gouvernance internationale, avec sa monnaie, sa fiscalité et ses règles. Le potentiel et les attentes sont énormes : c’est l’équivalent de ce qu’était la relativité il y a un siècle. Les initiés présentaient la réalité du changement, mais il était difficile de dire qu’elle allait en être l’ampleur. À l’heure actuelle, notamment du fait de la spéculation, il existe des réserves colossales dans les diverses cryptomonnaies à l’international. Quand un cheval devient lui-même une cryptomonnaie, il échappe à la législation du pays où il réside. Il est par exemple très difficile pour le fisc d’évaluer la valeur d’un tel système monétaire. Cela revient à créer un monde parallèle. Ce n’est pas un hasard si Facebook lance la Libra, sa propre cryptomonnaie. Compte tenu de l’engouement qu’elles suscitent, la valeur des cryptomonnaies ne cessent d’augmenter. Et tout le monde commence à s’y mettre. Ces technologies laissent entrevoir des univers protégés et indépendants : on peut imaginer un monde où chacun vit dans son propre univers, selon ses propres convictions et dans lequel on ne peut rentrer que par cooptation. Cela créé une nouvelle dimension en ce qui concerne la syndication des chevaux de course et d’élevage. »

 

Paru dans Jour De Galop, le 8 septembre 2021

 On 09/09/2021   by Camille Demercastel    In Revue de presse
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